Blue Flower

Avant-Propos[1]

 

 

De la grande procession de Saint Feuillen. — Large part qui revient à la ville de Fosse, dans son organisation; aux compagnies militaires, dans l’or­dre et la magnificence du cortège. — Description de la dernière cérémonie de ce genre, en 1858.

 

Suivant un ancien usage, cette procession est annoncée au prône de la messe paroissiale du premier dimanche de juillet précédent. Le buste de Saint Feuillen y est exposé à la vé­nération des fidèles, au son de toutes les clo­ches; et l’on chante le Te Deum, à l’issue de la messe.

A dater de ce dimanche, MM. les officiers de la Jeunesse de Fosse se mettent en relations avec MM. les officiers de la Jeunesse des loca­lités voisines, qui sont dans l’habitude d’être représentées à la procession par une compa­gnie d’hommes revêtus d’un costume militaire. Ils leur adressent la convocation voulue par l’usage, pour que leurs compagnies assistent à la cérémonie et ne perdent pas leur place dans le défilé.

Ces localités sont : Vitrival, Florefle, Mettet, Falisolle, Roux, Bois-de-Villers, Aisemont, Sart-Saint-Laurent, Lesves, Châtelet, Nevremont, Maison, Bossière et Malonne.

Outre cette annonce faite au prône et ces convocations particulières, le conseil de fabri­que fait un appel permanent et bien significa­tif au zèle des habitants de Fosse et au con­cours des étrangers, en donnant à l’église, longtemps avant le jour de la procession, un air inaccoutumé de fête et de splendeur : un grand mal de sapin, auquel est attaché une banderole aux trois couleurs nationales, très- large et surtout immensément longue, est ar­boré au haut du clocher de l’église qu’il do­mine de sa prodigieuse élévation. Quatre dra­peaux de moindre dimension flottent également au gré des vents, aux quatre coins de la tour; et six bannières décorent la façade et la porte principale de l’église.

Les communes voisines, mises en branle par la convocation qu’elles ont reçue de la Jeunesse de Fosse, et animées de plus en plus par les pieux souvenirs que leur rappelle la vue de ces drapeaux se balançant dans les airs au-des­sus de la ville, n’ont plus qu’une seule pensée, qu’un seul désir, celui de paraître avec hon­neur à la grande manifestation religieuse qui va se faire à la gloire de Saint Feuillen, et d’y maintenir intacte la réputation de la localité. Aussi bien, quel empressement n’y met-on pas à renouveler ou à se procurer le costume mi­litaire voulu par l’arme choisie par la jeunesse, à essayer les mousquets, à faire résonner le tambour et à répéter sur le fifre les plus beaux morceaux que l’on connaisse. Très souvent, à la soirée, on se réunit sur la place communale, changée passagèrement en Champ-de-Mars, et l’on s’y livre à tous les exercices nécessaires afin d'acquérir l’aptitude, la dextérité voulue, et dans le tir et dans les évolutions, pour ne pas déchoir dans l’opinion publique. En figurant avec honneur, avec succès à la grande manifes­tation religieuse à la gloire de Saint Feuillen. En un mot, l’enthousiasme y va croissant cha­que jour à mesure que l’on approche de celui de la procession: et l’on ne recule nulle part devant aucune dépense de temps ni d’argent[2].

*

Tandis que, dans ces diverses communes, on s 'apprête à honorer mieux que jamais le Saint Martyr à sa très-prochaine solennité, la ville de Fosse, animée par sa grande dévotion à son glorieux Patron et excitée par ses souvenirs traditionnels, est livrée à un élan général; et, dans son zèle à ne pas déchoir de ce que l’on a fait jusqu’ici en l’honneur de son saint Pa­tron, elle ne néglige rien de ce qui peut con­tribuer à embellir la cérémonie : Arcs de triomphe, inscriptions, apprêts d’armes et de costumes, plantation de perches de sapin sur le parcours de la procession en ville, drapeaux, guirlandes, allées de verdure, détona­tions répétées de canons, tout est mis en œuvre et coordonné avec un empressement tel que, déjà le dimanche qui précédé celui où doit avoir lieu la grande procession, la compagnie de Fosse figure en armes à la messe paroissiale. Là, après l’exhortation faite par M. le doyen concernant la manière dont il faut assister à la procession pour glorifier Dieu et son Mar­tyr, édifier le prochain et faire une œuvre mé­ritoire, MM. les officiers y promettent à haute voix de faire leurs efforts pour que tout se fasse avec le plus grand ordre, et principalement avec le plus profond respect pour la présence du Très-Saint-Sacrement.

La veille de la procession, au soir, la solen­nité du lendemain est encore annoncée par le sonde toutes les cloches et les détonations mul­tipliées de douze petites pièces de canon.

La procession met presqu’une journée à par­courir son itinéraire, partagé en sept stations ou points d’arrêt. C’est, à ces stations que se réunissent les compagnies pour faire selon l’usage, la décharge de leurs armes. Avant de commander le feu, MM. les officiers vont, cha­que fois, près du dais recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement, et regagnent en toute hâte leurs bataillons respectifs, comme pour la leur communiquer au plus tôt. — Cet acte religieux accompli avec un extérieur plein de foi et de gravité a coutume de produire une vérita­ble émotion. — A peine les décharges sont- elles terminées, que la tête de la colonne se remet en marche pour la station suivante, de telle sorte cependant que toutes les compa­gnies passent devant le Saint-Sacrement, au­quel elles donnent le salut militaire, en pré­sentant les armes.

A chaque station, elles se rangent en batail­lon carré pour faire leurs décharges. La com­pagnie de Fosse se place toujours de manière à pouvoir tirer dans la direction de l’église pa­roissiale. Comme elle ouvre la marche, au moment du départ, elle passe la première vis- à-vis le corps adorable de notre Seigneur; et, le faisant avec tout le respect convenable, elle montre aux autres l’exemple qu’elles doivent suivre. Les mêmes exercices se répètent à chaque station.

 

Enfin, au fur et à mesure que les compa­gnies pénètrent dans le faubourg de Leiche, lorsque, vers le soir, la procession rentre en ville, elles se placent sur deux lignes parallèles et rendent une dernière fois, le salut militaire à notre Sauveur et à son Martyr les tambours battant aux champs et les sociétés d’harmonie faisant entendre leurs plus touchants accords, derniers échos de la solennité, mais échos qui émeuvent et transportent tous les cœurs.

Voici, du reste, comme nous l’avons an­noncé, la description de la dernière cérémo­nie religieuse de ce genre, en l’honneur de Saint Feuillen, notre glorieux Patron.

 

 

 

PROCESSION SEPTENNALE

Du 26 Septembre 1858,

 

EN L'HONNEUR DE SAINT FEUILLEN ([3])

 

 

Nous venons d’assister à la procession septennale en l'honneur de Saint Feuillen, l’apôtre et le bienfaiteur du pays Fossois. De mémoire d'homme, celte belle cérémonie, que nous proclamons une démonstration pleine de grandeur et un spectacle des plus émouvants, n'a été célébrée avec autant de pompe et de magnificence.

Nous essaierons d'en donner une idée à nos lecteurs.

La réception des compagnies, fixée à huit heures du matin, a nécessairement éprouvé un peu de retard, du moins pour quelques-unes d'entre elles qui avaient à faire un trajet de plusieurs lieues. Ce matin-là, si vous aviez voyagé sur l’une ou l’autre des belles routes qui conduisent à Fosse, vous auriez eu un avant- goût de la fête, longtemps avant qu’elle commençât  et bien avant d’être arrivé sur la scène où elle doit se passer. Par cette matinée qu’éclaire un soleil magnifique, la campagne au loin est pleine de vie et d’animation. Par tous les chemins, par tous les sentiers, on voit se dérouler de longues files de pèlerins endiman­chés. Nous ne parlerons pas des principaux affluents, de la route de Floreffe, par exemple, sur laquelle l’un des plus formidables convois qui aient jamais quitté notre station, venait de déverser une véritable multitude. De toutes parts vous arrivent les échos de la marche des compagnies : le tambour bat dans toutes les directions; les sons lointains des fanfares, des harmonies retentissent aux quatre points cardinaux. Par moments vous voyez reluire les armes et briller les casques. On respire, mais sous l’empire d’émotions bien différentes, comme cette senteur guerrière qui doit en­velopper les campagnes le lendemain d’une bataille, alors que chacun des corps d’armée rallie la position qui lui a été assignée.

 

Il est neuf heures, entrons dans la ville de Fosse où la circulation est déjà bien difficile. Des arcs de triomphe en verdure sont dressés au débouché de toutes les routes, avec des préparatifs d’illumination dont ta plupart pro- mettent de beaux effets. Les inscriptions, les chronogrammes abondent. La pensée du saint Patron est partout et son image révérée figure presque dans tous les ornements. Devant la mai­son commune, se lit un hommage, en chrono­gramme, au Roi et à la famille royale (2). Des places sont marquées pour chacune des quinze compagnies qui doivent figurer dans le défilé. Elles sont déjà occupées. Une seule est vacante : celle des deux compagnies de Châtelet. Mais il n’est pas étonnant qu’elles soient en retard, ayant eu, sur tout leur itinéraire de Tamine à

 

 

(2) Voici ce chronogramme et quelques autres com­posés à l'occasion de cette solennité.

On lisait à la porte de l'église:

LaUs Deo optlMo sanCt.æ regInae sanCto foILLanô.

 

Devant Hôtel-de-Ville.

SeIgneUr toUt pVIssant. faVorIsez notre aUgUste
faMILLe  roYaLe SI Chère et si DéVoÙée aU peUple

 

A l’ Ecole Moyenne :

AU zêLé roi LéopoLD, L'éCoLe MoYenne

 

 

Fosse, à traverser des flots de population ac­courus pour, les voir passer, et qui station­naient à tous les hameaux, presque devant tou­tes les maisons qui bordaient la route.

Vers neuf heures et demie, la compagnie de Fosse, qui occupe la place de la Régence, se met en mouvement et le défilé commence. M. le bourgmestre Franceschini préside, entouré de MM. les échevins. C'est là que les médailles doivent être remises. A mesure que chaque compagnie a défilé, elle se dirige vers l’église, qu’elle salue en présentant les armes, les tam­bours battant aux champs. Ces préliminaires ont pris plus d’une heure. On calcule que de la première à la dernière, les compagnies suivies chacune des habitants de leurs communes, cou­vraient près de deux kilomètres. Nous ne pourrions dire au juste l’effectif des hommes sous les armes, infanterie et cavalerie; mais s’il n’atteignait pas trois mille, il était bien près d’arriver à ce nombre, car chaque com­pagnie renfermait environ 200 hommes.

Les compagnies ont défilé dans l’ordre suivant: 1. Fosse; — 2. Vitrival; —3. Florefle; - 4. Mettet ; — 5. Falisolle; — 6. Roux ; —7. Bois-de-Villers; — 8. Aisemont; — 9. Sart Saint-Laurent; — 10. Lesves; — 11. Châte­let, (marche Saint-Eloi) ; — 12. Châtelet. (Zouaves); — 13. Nevremont: - 14. Maison- Bossière; — 15. Malonne.

Ce corps armé appartient à toutes les armes contemporaines, et en représente d’autres qui ne sont plus qu’une tradition : grenadiers, voltigeurs, centre, zouaves, vieille-garde, ar­tillerie à cheval, guides, chasseurs, lanciers, hussards, mamelucks. Devant chaque compa­gnie, marchent deux lignes de sapeurs, la ha­che sur l’épaule, le fusil au bras, avec le clas­sique tablier de peau, appareil aujourd’hui périmé dans nos régiments. Pour plus de fidé­lité avec l’ancien cérémonial militaire, les tambours qui suivent sont accompagnés des fifres joyeux. Également en souvenir d’un temps plus reculé, plusieurs compagnies sont précédées du coureur aux pieds légers et à la tenue légère et coquette. On voit aussi des ar­mes â peu près contemporaines de l’invention de la poudre. — De brillants états-majors d’officiers, riches d’uniformes et montant la plupart de très-beaux chevaux. — Bannières, étendards et drapeaux, et dans le nombre de véritables richesses, enfin presque toutes les compagnies ont leur musique.

Dans cet ensemble où l’on remarque partout la belle tenue, l’air martial ; - qui nous montre des lignes entières de vétérans:—où la jeunesse est fière de figurer;—où nous avons vu de tout jeunes enfants revêtus de l’habit d’officier, redresser leur petite taille, marcher, commander avec toute la verve d’anciens élèves de l’école militaire ; — où est passé à côté de nous, portant l’uniforme de grenadier, un vénérable vieillard, débris des grandes guerres sans doute, obligé de s’appuyer d’une main sur sa canne, tandis que de l’autre, il soutenait son fusil, et donnant naturellement un spectacle attendrissant sublime ; — dans cet ensemble où tout est louable, quelques compagnies se faisaient néanmoins distinguer entre toutes les autres.
Que ces hussards delà garde portent donc bien leur élégante et riche veste en surtout ! Que
ces grenadiers de la vieille garde sont corrects et fidèles, tant d’uniforme que de tenue ! On dirait des survivants de Waterloo. Que ce peloton de zouaves (compagnie de Fosse), hommes choisis, visages bronzés, sac au dos sont donc naturels, — la nature martiale de leur type, liane souvenir de l’Alma ! Et Châtelet, fort de deux compagnies, dont une entière de zouaves, qui lutte avec le beau spécimen fourni par Fosse ! Et d’autres encore ! Mais à notre grand regret les noms nous échappent ; et crainte d’erreur, nous attendrons des détails statisti­ques précis.

Vers onze heures, la procession est sortie de l’église dans l’ordre suivant : Les châsses de la Sainte Vierge, au nombre de cinq, por­tées chacune par les jeunes filles des paroisses dans lesquelles elles sont vénérées; le buste en argent du Saint Patron; le Saint-Sacre­ment. Une garde d’honneur à cheval prend place aux quatre coins du dais; la gendarme­rie cantonale ferme la marche du cortège. Un nombre immense de fidèles suit la procession. Partout, dans cette foule, à mesure que le Saint- Sacrement passe, les fronts se découvrent et chacun adore en se prosternant. Les reliques de Saint Feuillen reçoivent les témoignages les plus touchants de la pieuse affection, de la confiance et de la reconnaissance du peuple.

 

Chacun brigue l’honneur de porter ces saintes reliques, honneur que les femmes disputent aux hommes. Des rangs de la foule on voit les bras s’étendre, et c’est à qui fera toucher un objet à la châsse vénérée. Ces manifestations d'une foi que les années n’affaiblissent pas, toujours aussi ardente, aussi vivace, se répè­tent sur tout le parcours de la procession.

Nous arrivons au moment le plus solennel, le plus imposant de la cérémonie. La proces­sion débouche à l’endroit dit les Quatre-Bras. De  là, en suivant la route de Vitrival, elle doit monter jusqu’à la ferme du Chêne, longer cette ferme, et, revenant par la campagne qui s’é­tend sur le plateau, gagner l’éminence où s’élève la chapelle de Sainte Brigitte, station qui clôture la première partie de l’itinéraire. Des Quatre-Bras on embrasse tout le mouvement. Le Saint-Sacrement n’a pas encore paru, que l’on voit déjà la tête du cortège couronner le mamelon qui domine la route. Quand le Saint- Sacrement est passé, suivi de milliers de fidèles, la route, dans toute son étendue, n’offre au regard qu’une forêt mouvante de têtes humaines, tandis que les compagnies continuent

à se déployer parallèlement sur la partie supérieure et d’enceindre toute cette campa­gne où est marqué un temps de repos. C’est là que doit avoir lieu le défilé solennel devant le Saint-Sacrement. Coup d’œil grandiose, spec­tacle empreint d’un caractère incomparable de grandeur religieuse. Nous essaierons d’v faire assister le lecteur; puissions-nous lui en faire partager les émotions!

 

Toute la procession est parvenue sur le pla­teau, Elle y stationne, les fusils en faisceaux ou couchés dans les sillons. Les états-majors à cheval parcourent la plaine en tout sens. Bientôt le tambour bat, la trompette retentit, les compagnies reprennent leurs armes et s’é­tendent à droite et à gauche, sur deux lignes parallèles, laissant entre elles un grand espace vide. Quinze décharges successives, exécutées en feu de peloton, sont le salut du cortège mi­litaire de Saint Feuillen, à la majesté du Dieu vivant, présent sous les espèces adorables du Sacrement eucharistique. Les compagnies se reforment à mesure qu’elles ont exécuté leur feu; elles vont recevoir la bénédiction du Saint- Sacrement.

Figurez-vous le cadre : Cet horizon immen­se, ce magnifique soleil, ces foules qui se ré­pètent sur toute la lisière aussi loin que la vue peut porter. Puis, les compagnies militaires, massées, et qu’on embrasse dans leur ensem­ble d’un seul coup-d ’œil ; plus belles qu’on ne les a encore vues, et grandies de l’honneur, certainement compris et fortement senti, qu’el­les vont avoir d’être bénies par le Dieu des ar­mées - — Les accents guerriers des tambours et des harmonies succédant aux détonations des armes.—-La marche qui se ralentit et qui se règle au pas grave et solennel, quand on approche du Saint-Sacrement. — Le salut des armes. — Ces drapeaux qui s’inclinent, ces épées qui se courbent jusqu’à terre. — Et la foule qui prie en se prosternant. — Quelle grandeur ! La véritable grandeur, celle qui élève l’homme jusqu’à son Créateur. Tableau subli­me, tel que la Religion seule peut en offrir! — Qui donne joie à la terre et qui ravit le ciel!— et qui, contemplé avec l’œil de la Foi, élève les âmes et transporte les cœurs jusqu’aux régions les plus sublimes de la pensée et du senti­ment.

 

Cette belle cérémonie terminée, les troupes se sont dirigées vers le bivouac où l’étape était préparée sur la route de Tamine; pendant que la procession, formée d’un nombreux clergé, escortée d’un détachement d’honneur et suivie d’une multitude de fidèles se dirigeait vers la chapelle de Sainte Brigitte. »

Une heure ([4]) fut consacrée au repas cham­pêtre dans le verger de la ferme de Doumont.

Le temps accordé pour la réfection étant écoulé, les prêtres, au nombre de vingt-deux, B. le doyen en tête, et toutes les compagnies militaires vinrent reprendre le Saint-Sacre­ment à la chapelle de Sainte Brigitte. Celles-ci firent les décharges de la cinquième station qui termine le tour de la ville; puis se dirigè­rent vers l’immense plateau de la ferme de la Folie, où la cérémonie allait encore présenter l’un de ses plus magnifiques coups-d ’œil[5].

On se ferait difficilement une idée du spectacle grandiose et ravissant qu’offrit la procession quand elle fut réunie sur ce superbe gazon de plus de quarante hectares d’étendue. Comme cette immense plaine est un peu en amphi­théâtre, de quelque côté que se dirigeassent les regards de ceux qui étaient arrivés à sa partie supérieure, ils n’apercevaient que des foules massées derrière ces compagnies mili­taires où elles semblaient attendre de la part de celles-ci une dernière preuve d’habileté et de dextérité. Ces multitudes ne furent point trompées dans leur attente : l’immensité de la plaine permettant à ces compagnies de s’étendre et d’agir à leur aise, elles firent vraiment assaut de précision dans leurs manœuvres, et d’unité de détonation et de mouvement dans leurs décharges. Pendant plus d’une heure, tous les échos d’alentour retentirent du bruit des armes et de la déto­nation des feux de peloton, s’alternant sans cesse avec le roulement des tambours et les flots d’harmonie, que les sociétés assistant à la cérémonie envoyaient de tous côtés. Aussi l’enthousiasme fut-il si universel, et la foule si électrisée, que ce ne fut qu’avec un véritable regret que l’on abandonna ce champ d’honneur pour opérer la rentrée en ville.

Grâce à la direction éclairée de M. Letor, vénérable curé-doyen de Fosse, qui par sa présence sur les points où la confusion était le plus à craindre, semblait vraiment se multiplier ; grâce aussi à l’esprit religieux qui animait les assistants, et à la fermeté du maintien que les compagnies militaires ont su conserver, cette rentrée en ville s’est opérée sans la moindre cohue. Le Très-Saint-Sacrement et les osse­ments sacrés du saint Patron furent accueillis par le salut militaire des compagnies, et par les accents guerriers des tambours, des clai­rons et des harmonies. Vers le soir, le cortège religieux rentrait à l’église, au son de toutes les cloches et d’une dernière et solennelle dé­charge des quinze compagnies.

 

L’illumination de la ville a commencé bientôt après.  Le tout s’est passé dans le plus grand ordre : on  n’eut pas le moindre accident à déplorer.  Aussi peut-on dire que cette nouvelle et dernière manifestation, en l’honneur de Saint Feuillen laissera d’impérissables souvenirs dans le cœur de  ceux qui y ont assisté.

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[1] Extrait de « Vie de Saint Feuillen, évêque et Martyr, Patron de la paroisse de Longchamps (Namur), par E_C DELCHAMBRE, curé de cette paroisse. Namur, 1861, éd. Douxfils.

[2] La dépense, d’après les calculs les plus approxi­matifs, s’élevant à environ 20 Fr. par tête, donne un total de 4,000 Fr. pour chaque compagnie; celle-ci est composée d’environ 200 hommes.

[3] Extrait de l’Ami de l’Ordre du 29 septembre 1858

[4] Pendant ce repos de là procession, deux ecclésiasti­ques furent constamment occupés à distribuer du coton de Saint Feuillen aux pèlerins se succédant les uns aux autres dans la chapelle de Sainte Brigitte

[5] Ce fut pendant ce trajet que l’on aperçut encore le lièvre si connu de Saint Feuillen; lièvre qui n’a jamais manqué, dit-on, de paraître à aucune de ces grandes pro­cessions. Aussi figure-t-il déjà dans les sculptures des stalles du chœur de l’église de Fosse, placées l’an 1524.

Ce samedi 27 octobre 2018, la Cie St-Berthuin des Zouaves de Malonne s'est vue décerner le Trophée de l'Association Royale des Marches d'Entre-Sambre-et-Meuse.
Chaque année, ce trophée est attribué à l'une des Marches d'Entre-Sambre-et-Meuse qui se montre la plus respectueuse de nos traditions et de notre folklore.
La Cie St-Berthuin des Zouaves de Malonne remercie l'ensemble de ses marcheurs, de ses bénévoles et des amis qui se mobilisent pour faire vivre notre Marche-Procession malonnoise.
Ce trophée leur revient !

Le costume des Zouaves en détails.

Vous trouvez sur ces pages les différentes pièces qui constituaient le costume des Zouaves dans les troupes françaises dès 1830 et dont notre costume folklorique actuel s'inspire plus ou moins fidèlement.

Les tableaux  de l'époque valent bien toutes les photos.

Les plans des costumes ont été retrouvés dans les archives militaires du Musée de l'armée à Bruxelles.

 


peinture ; histoire  	tableau  	BEAUCE Jean AdolpheTitre 	ASSAUT DE ZAATCHA.26 NOVEMBRE 1849Ecole 	France  	3e quart 19e siècleLieu de conservation 	Versailles ; musée national du château et des Trianons  	© Hervé Lewandowski ; Réunion des musées nationaux Malakof - 1855; tableau de YVON Alexandre, 1859 Constantine - 1837
ZAATCHA 1849 Malakoff - 1855 CONSTANTINE - 1837

saroual sarouel

Le pantalon est en toile garance: il est le pantalon usuel ou sarouel des montagnards kabyles à l'origine des Régiments de Zouaves.


 
Le gilet de corps est en tissu bleu marine garni à l'encolure et sur le milieu devant d'un galon rouge et muni de deux petites poches.
 
- le collet n'est pas encore utilisé chez nous; il était en tissu de laine bleu grisé avec capuchon.
 
- les jambières en cuir ne sont pas utilisées non plus à Malonne.

gilet collet
jambière

 


veste
 


 

La veste est de style boléro: elle arrive à la taille et ne possède pas de fermeture devant. Le tombeau (pièce de tissu dans la boucle située sur le devant bas de la veste) changeait de couleur selon les régiments: garance pour le 1er Régiment, Blanc pour le second (comme Malonne)et jonquille pour le troisième cantonnés respectivement en 1852 à Blidah, ORAN ET Philippeville;


1er Zouave - 2eme Zouave 3eme Zouave ceinture laine bleue chechia cramoisi guêtres blanches

Pour compléter l'uniforme, il faut ajouter la ceinture de laine(à l'origine) bleue de 4,20 de long et de 40 cm de large enroulée autour de la taille, sur laquelle viendra se poser le ceinturon et ses accessoires (cartouchière, baïonnette...); la chéchia: bonnet de feutrine de laine rouge cramoisi avec un gland de soie bleue et enfin des guêtres blanches en tissu ou en cuir.

Pourquoi une compagnie de Zouaves à Malonne?

 (tentative d'explication et petite histoire de la compagnie au cours des siècles...)

- MILICES URBAINES -

Les serments d'archers et d'arbalétriers

I. Premières escortes armées.

Les premières escortes militaires, qui figurèrent dans les cérémonies publiques pour en rehausser l'éclat, apparurent au moyen âge, au moment où furent créées ces compagnies spéciales et permanentes d'archers et d'arbalétriers que l'on appelle " serments ".
Partout où ceux-ci existent, dans les villes comme dans les bourgs, ils sont chargés d'une double mission :

  • - la première, d'ordre militaire, consiste à former un corps d'élite destiné à défendre la cité ou à prêter main-forte au comte en cas de besoin ;
  • - la seconde, d'ordre décoratif, consiste à rendre les honneurs dans toutes les circonstances solennelles de la vie communautaire, soit lors d'une cérémonie civile comme la Joyeuse Entrée du Prince, soit lors d'une cérémonie religieuse comme la procession de la dédicace de l'église paroissiale.

L'usage se généralisa dès le XIIIe siècle, tant il paraissait naturel de confier une mission d'honneur et de parade à un organisme qui serait le premier sur la brèche, en cas de nécessité. Du reste, de nos jours encore, et partout dans les villes de garnison, un détachement d'honneur rehausse l'éclat des cérémonies publiques.


 

II. Apparition des armes à feu

Arquebusiers et Mousquetaires

Au milieu du 16ème siècle, les serments changent les arcs, les arbalètes et les flèches contre des arquebuses et des couleuvrines.
Les arquebusiers et couleuvriniers se rencontrent surtout au pays de Liège où le prince évêque n'a ni armée permanente ni mercenaires à sa solde.
Après la bataille de Bouvignes en 1554, les villages de l'entre Sambre et Meuse sont dévastés par les troupe d'Henri II.
Les princes-évêques cherchent alors devant la menace, à organiser d'une manière sérieuse des compagnies d'hommes exercés et aptes à la défense de la principauté. Il en fut ainsi à Dinant, Visé et en ce qui nous concerne plus directement à Fosses.
Dans tous les cas il s'agit d'une association de bourgeois aisés qui se réunissent tous les 15 jours pour s'exercer au maniement des armes à feu. Comme les archers et les arbalétriers de la fin du Moyen-Age, ils reçurent des privilèges du seigneur ou du magistrat communal et furent obligés d'escorter les cérémonies civiles et religieuses.
" Ils marchaient précédés de leur bannière et armés d'arquebuses dont ils faisaient alternativement de fréquentes décharges… "

Compagnies bourgeoises

Dans les villes et bourgs médiévaux, tous les bourgeois étaient tenus de posséder des armes pour défendre au besoin la cité. Charles-Quint va organiser ces milices bourgeoises en compagnies commandées par un capitaine assermenté.
Chacune avait son patron, sa bannière, ses officiers, son fifre, son tambourin.
Elles aussi rendent les honneurs dans les cérémonies et les cortèges.
Les dernières mentions de devoirs militaires des compagnies datent de la fin du XVIème siècle.
Les compagnies bourgeoises forment donc avec les serments ce qu'on appelle les milices urbaines.


 

MILICES RURALES

A côté des Bourgs fortifiés, dans les villages dépourvus de murailles et de milices privilégiées, le service militaire est imposé aux roturiers. C'est l'origine des milices communales.

Sous l'impulsion d'Erard de la Marck, (1505-1538), suivi de Gérard de Groesbeck (1564-1580) et enfin de Ferdinand de Bavière, la principauté de Liège se trouve munie d'une milice nationale organisée (édit de Groesbeck le 12 avril 1632 promulgué par F de Bavière), regroupant les restes des contingents féodaux, les milices urbaines et les nouvelles milices rurales.
C'est ainsi que les milices malonnoises escorteront à Fosses les abbés SCLUSMAN en 1603 et FALIZE en septembre 1681 lorsque celui-ci alla présider aux cérémonies de la procession de saint Feuillen.
On retrouve encore la milice de Malonne à Fosses en 1686 et en 1770.
Le 16ème siècle est l'âge classique des escortes armées. Leur rôle était une escorte d'honneur destinée à accompagner la procession, dans une tenue correcte et une attitude digne mais et on y insiste, " en tirant dans les décharges " avec un réel souci d'ensemble.

La mission de " protection " de ces escortes armées dut être tout à fait exceptionnelle, d'ailleurs en temps d'insécurité, les clergés n'avaient garde d'exposer les reliques ! … et jusqu'à présent aucun fait d'armes quelconque qui se serait produit lors d'une procession n'est encore parvenu aux yeux ou oreilles des historiens.
C'est donc vers le milieu du 16ème siècle que l'on passe du service utile au " sport " des armes. C'est aussi l'époque où dans les campagnes apparaît la coutume d'escorter les processions et de rendre les honneurs aux seigneurs en visite ou de passage.
Le désir en devint si vif que l'événement civil ou religieux n'était plus qu'un prétexte pour les habitants se mettre en armes.
L'amusement qui accompagnait ou qui suivait l'événement en devint le principal attrait.


 

Les Associations de Jeunesse

Si tout cela est attrayant comme origines de nos marches, il ne faut pas oublier " les Associations de Jeunesse ".
" Sans recevoir d'institution canonique comme les confréries religieuses ni de lettres de privilèges de la magistrature locale ou du seigneur comme les serments ou les milices, la jeunesse formait dans nos communes une véritable association qui avait ses règles traditionnelles, des droits spéciaux, des obligations auxquelles nul ne pouvait moralement se soustraire " .
L'histoire de ces associations est encore moins bien connue que celle des milices rurales mais leur origine remonte plus haut qu'on ne serait tenté de le croire. Un " prince de la jeunesse " est déjà cité en 1454 à Mons.
Les renseignements les plus explicites nous viennent de Binche pour les 16 et 17èmes siècles :

  • La Jeunesse formait un groupe qu'accompagnaient des tambourineurs et que conduisaient des sergents.
  • La Jeunesse avait son capitaine et son " alfer " (porte-drapeau)
  • La jeunesse avait comme rôle spécial de rehausser l'éclat de la procession de la kermesse. Elle donnait son concours à d'autres cérémonies comme " conduire les reliques de saint Frédéric à l'église de Bonne-Espérance en 1616 etc…

 

Dès le 16ème siècle et peut-être même dès le 15ème siècle, suivant les endroits, la Jeunesse s'est constituée en une sorte de corporation encouragée par l'autorité communale et dont le rôle social fut de contribuer à l'organisation des solennités publiques, religieuses ou autres.
Au 17ème siècle, malgré de nombreuses années d'insécurité, dès que le danger est écarté, la vie normale reprend son cours et les cortèges processionnels sortent. Mais la discipline se relâche et petit à petit on constate plus de fantaisie dans le choix des déguisements cavaliers, hussards, grenadiers et dragons et même une compagnie d'hommes sauvages à Fosses en 1751.
Les serments ont été supprimés ou dissouts d'eux-mêmes, l'esprit des escortes traditionnelles s'est profondément altéré : la procession devient prétexte à l'amusement et l'on franchit allègrement les limites de la bienséance.
Les autorités réagissent et les interdictions se succèdent. C'est ainsi que beaucoup de coutumes vont disparaître pour toujours.
Quelques-unes survivront parfois après une longue éclipse mais nos marches ne s'éteindront jamais tout à fait malgré de graves difficultés.
Les compagnies de Jeunesse, non crées par acte de l'autorité civile, résistèrent mieux à la crise générale et conservent une liberté d'allure d'autant plus grande que l'on se reposait sur elles pour tout ce qui concernait l'organisation des fêtes locales.




D'une façon imagée, on peut se représenter les choses de la manière suivante :
un tronc constitué par l'organisation militaire à la fin du Moyen-Age et aux Temps Modernes.
Trois branches principales s'en détachent :

    • Les serments
    • Les compagnies bourgeoises
    • Les milices rurales



  • Et une quatrième branche disons " sauvageonne " :Les compagnies de la Jeunesse.

 

Au cours du 18ème siècle, les trois premières se dessèchent et meurent. La quatrième conserve assez de vigueur pour renaître vigoureusement au 19ème siècle dans une région dont l'Entre Sambre et Meuse est le centre.
Deux éléments sont essentiels :

* La parade d'une troupe ordonnée et costumée sur le modèle des troupes militaires avec une fantaisie qu'aucun règlement ne circonscrit sauf au sein d'une même "guilite" : pas de grenadier au milieu des sapeurs et vice versa.

* La décharge : tirer est manière de saluer, de manifester sa joie et de rendre les honneurs.

Depuis l'incorporation de la Belgique à la France en 1795, jusqu'en 1802, les marches sont interdites. On les tolère dans le département de l'Entre Sambre et Meuse entre 1802 et 1805.

 La vogue des souvenirs de l'époque napoléonienne témoigne à sa manière de ce que la renaissance des marches se situe aux environs de 1815 : aigle impérial, drapeaux d'Iéna, de Wagram, airs des fifres et roulements des tambours

A Fosses, le 29 septembre 1816, trois compagnies peu nombreuses participent à la procession de saint Feuillen : Fosses, Vitrival et MALONNE.

Interdiction de nouveau pendant la période hollandaise (29 mai 1819).

Après la révolution Belge de 1830, la Jeunesse relève à nouveau l'étendard des Marches militaires dans l'Entre Sambre et Meuse mais toujours avec autorisation des autorités provinciales.

C'est en 1851 à Fosses, que la Commune alloue une indemnité à la Jeunesse.
On voit dès lors tous les sept ans, sauf pendant les guerres mondiales, sortir régulièrement les marcheurs de Fosses et de ses environs.
C'est ainsi que nous y retrouvons MALONNE sans interruption de 1886 à 1907. (1886-1893-1900-1907)
Une médaille datant de 1855 témoigne de l'attachement des malonnois à la marche septennale de la saint Feuillen .

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Malonne avait et revendique toujours l'honneur de fermer la procession à Fosses et de tirer la dernière salve de la journée.!

Pourquoi de tels privilèges ? Deux, voire trois explications sont possibles sans pour autant que nous puissions dater ces prérogatives.

  • L'explication légendaire : quelques jours avant la saint Feuillen, des pluies abondantes s'abattent sur Fosses et la région.les marcheurs de Malonne auraient permis aux porteurs de la châsse de st Feuillen de passer un bourbier à pieds secs en mettant leurs vestes par terre comme un tapis.

    "...Le chemin qu'emprunte le cortège extra muros est détrempé et fangeux, et les claies que l'on place d'habitude aux endroits marécageux baignent dans une boue liquide, maculant les marcheurs de la tête aux pieds. Un des officiers de Malonne commande la halte de la compagnie et s'exclame : " Serait-il convenable que les Saintes Reliques et le Saint Sa-crement soient obligés de passer dans une telle fange ? " La réponse fuse : " Non ! " Et comme un seul homme, les Zouaves enlèvent leur veste et l'étalent sur le cloaque en un large tapis digne du passage du cortège religieux."
    Dans le "messager de Fosses" du 7.10.1900, n°40", l'explication est un peu différente. Ici, c'est le porte-drapeau malonnois qui aurait placé son étendard pour permettre aux évê-ques portant, ou accompagnant le Saint Sacrement, de passer à pied sec.
    Il est aussi à préciser que ce fait se serait produit vers l'an 1600. Troublante coïncidence, le 10 août 1603, c'est l'abbé de Malonne qui officie à la Saint Feuillen. Les Zouaves n'existaient alors pas encore, mais une escorte armée accompagnait l'abbé.

  • L'explication " police " : l'abbé de Malonne avait l'habitude de se faire escorter par sa milice malonnoise pour assurer sa protection et de ce fait les marcheurs de Malonne se retrouvaient toujours autour des reliques en fin de procession, ce qui devint une coutume.

Si les Malonnois sont bien intransigeants à Fosses, c'est sur cette tradition de la " dernière salve " .

Ainsi, le 26 septembre 1896, après avoir comme d'habitude effectué une dernière décharge, la compagnie, fatiguée, regagne péniblement Malonne. Arrivés à Sart-Saint-Laurent, à cinq kilomètres environ de Fosses, les malonnois entendent soudain le bruit d'un feu de peloton éclatant dans le lointain. Stupéfaite, blessée par tant d'insolence à l'égard du vieux privilège, les hommes exténués, les chevaux fourbus, les cantinières dormant debout, dé-cident de faire demi-tour ! Tambour battant, clairon sonnant, en bon ordre, tête haute et fusil à l'épaule, la compagnie de Malonne entre dans la ville et défile impeccablement sous les ovations chaleureuses. Dans un fracas épouvantable (il paraît que la charge était doublée), ils exécutent la dernière salve, clouant le bec aux impertinents. Devant tant de courage, l'abbé Constant Cartiaux, alerté par le bruit et le remue-ménage, vient féliciter les "opiniâtres soldats" et leur offre maintes et maintes rasades jusqu'au petit matin.

En 1900 et 1907, deux compagnies de Malonne étaient présentes à Fosses : la compagnie traditionnelle des Zouaves (dans son habit du 2ème régiment bleu et rouge) avec son groupe de sapeurs et précédée du drapeau de la Jeunesse à l'effigie de saint Berthuin et la compagnie des Zouaves du Piroy dans son costume bleu ciel et suivant le drapeau de sainte Philomène.

À la Saint Feuillen de 1949, la compagnie malonnoise est absente du cortège processionnel, de sorte que, vu cette carence, l'antique coutume ne peut être respectée. Que nenni ! Un vétéran de Malonne marche avec la compagnie de Sart-Saint-Laurent. Lorsque l'ultime décharge résonne, tirée par les " Ûlaus ", le bourgmestre de Fosses et les officiers de l'état-major de la marche voient avec grand étonnement un soldat s'approcher d'eux. Louis Dumont s'exclame : " Je suis de Malonne et je revendique l'honneur de tirer le tout dernier coup de feu ! "
Il s'exécute immédiatement et, entouré d'officiers, il se présente sur le parvis de la collé-giale et, face au portail, présente son arme. Après avoir chargé avec une dignité presque religieuse, il se met au garde-à-vous, épaule son fusil et presse la détente… L'honneur est sauf.

Ce même vétéran, accompagné de quelques dévoués, se présente en 1956. trop peu nombreux que pour former une troupe, ils trouvent place dans la compagnie de Sart-Saint-Laurent. De ce groupe, seuls actuellement quatre sont connus : Louis Dumont, Georges Dufaux, Alphonse Lefèvre et Ernest Filée (de Buzet). Vers onze heures et demie du soir, Ernest Filée et Alphonse Lefèvre, représentant Malonne, entendent une décharge en direction de la place du Chapitre. Le bonne humeur de nos gaillards baisse brusquement. Et la tradition rappelée en 1949 ! Qu'en fait-on ?!
L'esprit mécontent et revanchard, nos deux Zouaves recherchent directement l'état-major de la marche, afin que celui-ci intervienne officiellement dans la manifestation de réparation qu'ils veulent absolument exécuter. Hélas, l'heure tardive…
Déçus et malheureux, ils errent dans la ville quand soudain, ils rencontrent Constantin Burton, lieutenant des tromblons de fosses. Après avoir expliqué les faits, ils partent tous les trois vers la collégiale.
Arrivés sur le porche, Louis Dumont les attendait (mais oui !), et juste quelques minutes avant minuit, la dernière salve ébranle la sérénité de la nuit. Quand l'horloge du carillon a égrené ses douze coups… l'honneur de Malonne etait intact pour la troisième fois ! .


 Autre anecdote pour les marcheurs de Malonne

Le dimanche suivant la saint Feuillen, les marcheurs se réunissaient à nouveau. Ils étaient les invités des Frères des Ecoles chrétiennes, successeurs des abbés de Malonne ; ceux-ci leur offraient la traditionnelle collation. Après quoi, les marcheurs tiraient des salves devant les habitations des édiles et des notables de Malonne : leur compagnie était précédée des sapeurs et Major en tête se présentait en bon ordre devant les murs de l'ancienne abbaye, afin d'y pénétrer " de force ", toutes les portes étant " fermées ". la compagnie démolissait une porte postiche et pénétrait dans l'enceinte où ils étaient reçus par les Frères.

En 1940, le clergé qui s'était abstenu depuis 1909, plutôt que de combattre une coutume aussi profondément enracinée, estime préférable de sublimer le cortège en ajoutant aux fastes de l'escorte folklorique la pompe que l'Église déploie lors des grandes fêtes ce qui eut pour résultat d'imposer aux Marcheurs une attitude plus conforme au caractère sérieux de la cérémonie.
Mais si les serments et les compagnies bourgeoises avaient de rutilants costumes, il n'en était pas de même pour les milices rurales.
Les uniformes sont loués à Givet dans les restes de l'armée napoléonienne.

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Etymologie du nom "Zouave" :

"Rappelons d'abord que le mot zouave vient de l'arabo-berbère Zwâwa, du nom d'une tribu kabyle installée au début du XIXe siècle dans l'est algérien ; que de cette tribu, les Turcs, par l'intermédiaire d'un représentant à Alger, ont commencé à recruter des soldats pour leur armée vers 1820, leur donnant le nom de Zwawés. (Que les Turcs aient eu divers rapports avec les Algérois à partir de 1518 avec le protectorat de Khayr al-Din, dit Barberousse - mort à Istanbul en 1546 - n'est pas sans être connu de nos lecteurs)

Lorsque la France prit Alger, en 1830, ce représentant - dont l'histoire n'a pas retenu le nom - a tout de suite offert ses services à ses nouveaux maîtres.

Louis de Ghaisnes, comte de Bourmont (né et mort à Freigné, Maine-et-Loire, 1773 - 1846) qui était à ce moment-là Ministre de la Guerre et commandant de l'armée d'occupation, qui lui avait été du côté des Vendéens puis de Napoléon, puis de Louis XVIII (avant de refuser d'obéir à Louis-Philippe, offrit ses services aux Portugais) comprit vite le parti qu'il pourrait tirer de cet individu.

En quelques mois, il leva une armée de 2 000 zouaves qui allaient former le premier embryon des troupes indigènes de l'armée française.

Encadré par des Français, ces premiers zouaves s'étant comportés courageusement sur la ligne de feu, on en fit deux bataillons d'où allaient sortir, plus tard, les tirailleurs algériens, deux escadrons à cheval, ancêtres des chasseurs d'Afrique, des spahis, etc. et puis finalement un régiment où étaient mêlés côte à côte des Français et des autochtones.

Après la formation des tirailleurs indigènes (1837-1841), les zouaves devinrent un corps exclusivement français.

Jusqu'à leur dissolution en 1962, les régiments des zouaves français s'illustrèrent pendant toutes les campagnes du second Empire (en particulier en Crimée [zouaves de l'Alma]) puis au cours des deux guerres mondiales, en Indochine, en Algérie, etc.

Ce qui les a rendu célèbres, cependant, n'est pas leurs faits d'armes (malgré qu'ils aient été nombreux et souvent exceptionnels, les zouaves étant connus pour leur ténacité et leur bravoure), mais leur costume dessiné à partir de celui des Zwâwas mais aux couleurs de la France : bleu, blanc et rouge."

(extrait du site de l'UdeNap - 2005)

Après la Campagne d'Italie, à Solferino, les uniformes sont peu à peu apparus dans les défilés et si Malonne a choisi l'uniforme des Zouaves, c'est parce qu'un Zouave est venu mourir à Malonne : un vrai !
lors de la déroute de l'armée française après la bataille de Sedan, durant la guerre Franco-Prussienne de 1870… Depuis, c'est avec plaisir, et surtout honneur, que les Malonnois portent le costume du deuxième régiment de ce corps d'élite que furent les Zouaves !